mardi 17 mars 2020

Miljenko JERGOVIC, Le jardinier de Sarajevo

Miljenko JERGOVIC, Le jardinier de Sarajevo, Babel, 2004.

Résumé:

En vingt-neuf nouvelles, la chronique kaléidoscopique d'une Bosnie ravagée par l'éclatement de la Yougoslavie. Avec un étrange détachement, le narrateur promène son regard sur les familles, les amants, les victimes, les bourreaux, les animaux, les plantes, les objets "sans qualités". Le pathétique côtoie l'ironie et la cruauté la nostalgie, pour mieux préserver, dans toute sa complexité, l'image éparpillée du monde.



Ma critique:

Cet ouvrage est merveilleusement bien écrit, Miljenko n'est pas à son premier! En 29 nouvelles, il nous retrace les sujets de son pays qui ont couverts l'actualité en Bosnie pendant la guerre de Yougoslavie. La lecture est posée sur un ton toujours tourné en dérision et qui retrouve un trait de caractère à son homologue Velibor Colic.

Le quotidien est abordé avec un réalisme qui décrit bien l'expérience de l'auteur. C'est un témoignage de l'histoire, une richesse et un souvenir qui a toute sa place dans une bibliothèque pour offrir à la lecture aux jeunes générations.

Ma note: 7,5/10

Ismaïl KADARE, Les adieux du mal

Ismaïl KADARE, Les adieux du mal, Stock, 1995.

Résumé:

Au moment où l'Empire ottoman, après cinq siècles d'oppression, se voit contraint d'abandonner le Pays des Aigles, le gouverneur d'une province albanaise reçoit la visite d'un mystérieux émissaire, porteur du plus étrange des messages. Soucieux de l'avenir de l'Albanie, le Sultan a décidé de lui trouver un Antéchrist. Ce sont les redoutables Adieux du mal, un texte superbe et inédit.
Superbe aussi, cette Chaîne des Hankoni, où la saga d'une famille albanaise - naissances, maladies, folies, crimes, ambitions - sert de trame au récit de deux siècles de la vie du monde. Récit surprenant, à la fois ramassé et monumental, traçant un tableau bien différent de celui si convenu des livres d'Histoire. Enfin, est-ce bien le commencement de la réforme d'un empire archaïque que l'abolition de ce métier surréaliste, celui d'imprécateur ? Rien n'est moins sûr
Ismail Kadaré est né en 1936 à Gjirokastra, dans le sud de l'Albanie. Son premier roman, Le général de l'armée morte, a connu d'emblée un succès international. Depuis, il se consacre entièrement à l'écriture et dirige aussi la revue Les lettres albanaises.


Mon avis:

Ma contribution est faible sur cet ouvrage. Lu, il y a plusieurs années, il m'avait laissé de bonnes impressions, une écriture claire, un récit constructif mais sur une thématique qui n'est pas sensé intéressé "Monsieur Tout le Monde".

Un ouvrage issu des Balkans pour un lecteur qui soit réceptif à ces problématiques d'Europe du Sud-Est.

Ma note: 6,5/10

Andrzeg STASIUK, Pourquoi je suis devenu écrivain

Andrzeg STASIUK, Pourquoi je suis devenu écrivain, Actes Sud, 2013.


Résumé:

Stasiuk, chef de file de la littérature polonaise, nous entraîne à l'époque de sa jeunesse révoltée : ambiance rock'n'roll garantie. Musique, littérature, alcool - la venue à l'écriture de l'auteur se fait en opposition à la déprime d'un quotidien socialiste. Il est entouré de personnages hauts en couleur, eux aussi sur le chemin de la rébellion. L'histoire est en marche, les événements se précipitent : service militaire, désertion, prison, état de siège, clandestinité... Ecrite d'un seul souffle, cette confession iconoclaste se moque de tout, et d'abord de Stasiuk lui-même.




 Mon avis:

Un ouvrage autobiographique qui présente l'auteur durant sa jeunesse polonaise où il se présente comme une personne vivant au sein d'un environnement de personnes en marge de la société.
L'ouvrage est plaisant et on est tenu en haleine pour découvrir quand et comment cette personne si compliquée, si posée dans les extrêmes et loin du citoyen modèle va t-il revirer d'un seul coup dans un chemin qui le mènera à la littérature.
Le final est captivant mais on reste sur sa faim, on aurait donné 50 pages de plus à l'auteur pour étayer cette partie de l'histoire...

Ma note: 6,5/10


Ismaïl KADARE, Printemps Albanais

Ismaïl KADARE, Printemps Albanais, Livre de poche, 1995.

Résumé:

La dictature et la littérature véritable ne peuvent cohabiter que d'une façon: en se dévorant nuit et jour l'une l'autre. L'écrivain est l'ennemi naturel de la dictature. A tout instant, même quand il se croit endormi, il la combat.

Car cela est inscrit dans son code génétique. La dictature et la littérature ne peuvent être figurées que comme deux bêtes fauves qui se prennent en permanence à la gorge. Bien qu'elles aient des griffes différentes, l'une comme l'autre provoquent également des blessures _ différentes. Les blessures qu'essuie l'écrivain peuvent paraître affreuses, car immédiates.

Tandis que celles qu'il cause, lui, à la dictature, sont des blessures à retardement, mais de celles qui ne guérissent jamais.L'instinct de l'espèce dressant l'écrivain contre la dictature, tout comme l'organisme qui devient résistant à une agression extérieure, il arrive que l'oeuvre de l'écrivain, au lieu d'être affaiblie par la fièvre tyrannique, en soit endurcie. "I.K."



Ma critique:

Cet ouvrage n'est pas un roman mais plutôt une archive du temps lorsque la dictature en Albanie était en place. Le sous-titre du livre l'exprime bien: chroniques, lettres, réflexions. La lecture est intéressante, elle se lit facilement expose la position de Kadaré durant cette période.

 Je dois avouer que je manque de recul et la lecture ancienne de cet ouvrage n'aide pas à la critique objective de ce petit livre de poche.


Ma note: 6/10

dimanche 15 mars 2020

Luan STAROVA, Les livres de mon père

Luan STAROVA, Les livres de mon père, Fayard, 1998.

Résumé:

Le personnage principal de la saga balkanique de Luan Starova, le père, a vécu la chute de trois empires : ottoman, nazi puis stalinien. Il en a été le grand perdant avec sa famille, sauvant uniquement ses livres, mais sauvé aussi par eux dans leur traversée des empires. Ce récit est l'épopée des livres de sa bibliothèque, chacun recelant une histoire liée à celle des autres. L'auteur nous restitue ainsi la chronique des cinquante ans de cette bibliothèque qui est aussi la chronique de l'exil de sa famille. Certains rayonnages représentent des époques, des chapitres, des tomes de cette histoire.

Après la publication du "Le temps des chèvres", Luan Starova met encore une fois le lecteur occidental au contact des drames vécus par les ressortissants de la péninsule balkanique. Le personnage du père incarne de manière impressionnante l'histoire de toute une époque, celle du déclin de la domination ottomane, de l'apparition d'Atatürk, de la naissance d'un nouvel univers, déjà en proie à des drames inédits et qui n'ont pas encore refroidi de nos jours. Les Livres de mon père fait souvent songer aux œuvres de Panait Istrati et de son ami Nikos Kazantzakis.



Ma critique:

Luan Starova est un auteur macédonien mais d'origine albanaise maîtrisant les deux langues tout comme le français et bien d'autres. L'auteur était passé au Salon des Balkans en mai 2019 à l'INALCO lorsque j'exposais. Le vieux monsieur avait fait le déplacement accompagné, reconnu par certains, passé incognito pour d'autres.

L'auteur a embrassé une carrière de diplomate et représente lui-même un microcosme de Babel. Balancé ça et là entre les langues et les cultures, entre patries et pays.
Yougoslave, Albanais, Macédonien, Luan Starova imprègne le lecteur de ce terreau balkanique.
Le roman tiré des livres de son père règle l'histoire et démontre que l'auteur avait un lien privilégié mais particulier avec son père.
Parfois, on peut être perdu dans la narration...

L'ouvrage nous plonge dans un environnement dépaysant construit sur les cultures, les langues et les livres. Agréable mais un peu décousu selon les passages.

Ma note: 6,5/20

Velibor COLIC, Jésus et Tito

Velibor COLIC, Jésus et Tito, Editions Gaïa, 2010.

Résumé:

En 1970, dans la Yougoslavie de Tito, Velibor a six ans et veut devenir footballeur. Noir et Brésilien, de préférence.

« Relativement tôt, je me suis rendu compte que mes souvenirs, mon enfance, toute ma vie d’avant, appartenaient au Jurassic Park communiste, disparu et enterré avec l’idée de la Yougoslavie. » Velibor feuillette ses souvenirs : une enfance sous le signe de la bonne étoile — rouge — et une adolescence sous influence rock’n roll. On ne choisit pas toujours ses icônes : le petit Jésus contre le maréchal Tito est un match qui se joue tous les jours à la maison.

Velibor navigue entre Jack London et Pelé, puis dans les années 80 entre les Clash et Bukowski. Son grand amour sera la littérature. Devenu grand, Velibor rêve d’être poète. Maudit, évidemment.




Mon avis:

Mon troisième et dernier ouvrage de Velibor est son autobiographie en quelques sorte. L'auteur pale de son enfance, de ses souvenirs et de ce pays disparu: La Yougoslavie. Il y parle de sa vie dans un pays décrit comme paradisiaque et généré par un parti politique communiste et une propagande d'Etat quotidienne.
Il énonce ses rêves de jeune enfant, la présence du maréchal Tito comme un membre de la famille de tout Yougoslave...
Dans son style particulier, son humour, son ironie et sa provocation tournée en dérision, l'auteur signe un ouvrage captivant qui donne au lecteur l'opportunité de mieux connaître cet auteur attachant.

En version poche, l'ouvrage est très accessible et mérite son argent! C'est une fenêtre ouverte sur un monde disparu mais qui semblait si utopique et idyllique.

Ma note: 7,5/10

 

Velibor COLIC, Sarajevo Omnibus

 Velibor Čolić, Sarajevo omnibus, Editions Gallimard, 2012

Résumé:

Sarajevo omnibus propose un portrait de la ville de Sarajevo à travers différents personnages historiques ou lieux emblématiques, qui ont tous un rapport avec la tragédie inaugurale du vingtième siècle : l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914. Ainsi nous rencontrons tour à tour Gavrilo Princip, ce jeune Serbe dont le geste déclencha le cataclysme de la Première Guerre mondiale ; Viktor Artamanov, affairiste russe illuminé, qui finança au nom du tsar l'aventure de la «Main Noire», organisation terroriste vouée à la libération de la Serbie du joug austro-hongrois ; le fondateur de la Main Noire, le colonel Dimitrijević dit «Apis», qui bâtissait ses théories grand-serbes en buvant de la slivovice dans un fameux bistrot de Belgrade ; Ivo Andrić, immense écrivain, Prix Nobel, qui appartint un temps à cette mouvance... Mais aussi des personnages oubliés, tel le rabbin Abramovicz, philosophe et poète, qui reçut dans la nuque l'une des cinq balles destinées à l'archiduc, le curé Latinović, fêtard repenti, ou encore l'imam Dizdarević – seul Bosniaque à avoir peur de sa femme, dit-on. Sans oublier Nikola Barbarić, grand-père de l'auteur, également présent lors de l'attentat, personnage fantasque qui eut quatre épouses et plusieurs vies. Tous ont assisté à la mort de l'archiduc.
Le récit de Velibor Čolić n'est jamais pesant ni funèbre, mais vif, précis, surprenant, enjoué. Il considère avec une distance désabusée l'enchaînement de circonstances horribles et comiques qui constitue l'histoire des hommes.



Mon avis:

Ce roman est rédigé durant une invitation pour une résidence d'artiste à Strasbourg. Cette période fut propice qui a vu la sortie de cet ouvrage à mon sens particulièrement réussi une fois de plus!
On identifie le style propre de Velibor Colic avec une ironie et un humour piquant quant aux sujets souvent tabous tels que la mort.

Cet ouvrage a tout comme son précédent "Manuel d'exil" a été lu dans le plaisir. Un grand nombre de réflexions et d'allusions philosophiques ont été noté suite à cette riche lecture.

"Oslobodjenje" qui veut dire "libération" en bosnien, les Balkans sentent bons dans ce livre malgré un décor découlant des coulisses de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. Le lien aux pays balkaniques est fort, il incruste chacune des pages!

"Le pessimisme (...) est l'ultime point de la sagesse". p.118
"Un homme sage ne voyage jamais, disait-il à son ami l'imam Korkut, il attend à l'endroit où il est né que le monde vienne à lui". p.120
"Je ne sais pas quelle est la vie après la mort, disait-il à sa femme Basha, mais moi, j'emporte du linge propre". p 118

Un ouvrage que j'ai particulièrement apprécié et qui fait de Velibor Colic comme un de mes auteurs contemporains Balkaniques le plus suivi. J'attends de lire son nouvel ouvrage sorti en 2020.

Ma note: 7,5/10


samedi 14 mars 2020

Velibor COLIC, Manuel d'exil

Velibor COLIC, Manuel d'exil, comment réussir son exil en trente-cinq leçons, Gallimard

Résumé:

«Fraîchement restauré, le foyer de demandeurs d’asile à Rennes me fait penser à mon lycée. Une grande porte vitrée, d’interminables couloirs, sauf qu’ici au lieu des salles de classe on a des chambres pour les réfugiés. Dans le hall central il y a une carte du monde avec les petits drapeaux du pays des résidents. La misère du monde s’est donné rendez-vous à Rennes en cette fin d’été 1992.
Je suis accueilli par une dame aux énormes lunettes. Elle parle doucement en me regardant droit dans les yeux. Je saisis que je vais avoir une chambre simple, pour célibataire, que la salle de bains et la cuisine sont communes et que j’ai droit à un cours de français pour adultes analphabètes trois jours par semaine.
Je suis un peu vexé :
– I have BAC plus five, I am a writer, novelist…
– Aucune importance mon petit, répond la dame. Ici tu commences une nouvelle vie…»
Après avoir déserté l’armée bosniaque, le narrateur se retrouve sans argent ni amis, ne parlant pas le français, dans un foyer pour réfugiés. Dans une langue poétique, pleine de fantaisie et d'humour, Velibor Čolić aborde un sujet d’une grande actualité et décrit sans apitoiement la condition des réfugiés, avec une ironie féroce et tendre. 




Ma critique:

Velibor Čolić fait partie de mes auteurs préférés avec Gazmend Kaplani. Pourquoi? Ils ont tous les deux beaucoup de points communs. Ils écrivent dans une langue qui n'est pas leur langue maternelle. Grec et Français. Ils vivent dans un pays en tant que réfugiés suite à la fuite de leur patrie. Ils ont du talent, de l'humour et philosophent la vie à partir de leurs expériences qui ne font jamais peser sur le ton de leur écriture.

Et puis Velibor, c'est un Bosnien arrivé en Bretagne, ma région d'origine et Rennes, la ville qui m'a permis d'acquérir mes savoirs et ma passion pour les livres.

Cet ouvrage ou "manuel d'exil" a été lu en deux soirées, il m'a captivé par la biographie de l'auteur, son histoire, son expérience et son espoir. Il parle de sa difficulté à se faire reconnaître comme réfugié politique, un étranger en Bretagne qui est éduqué, un artiste ou nouvelliste  reconnu et primé dans son pays aujourd'hui disparu: la Yougoslavie mais qui ne serait plus rien en France.

L'humour est fin, l'autodérision assassine ce qui caractérise Velibor dans son écriture. Il la mêle au tragique mais tente toujours de nous faire rire. 
A l'inverse de Gazmend Kaplani, je n'ai pas encore rencontré Velibor, plusieurs de ses livres attendent sa dédicace! 


Ma note: 7,5/10

Vassilis ALEXAKIS, Ap. J-C

Vassilis ALEXAKIS, Ap. J-C, Editions Stock 2007.

Résumé:

Athènes, de nos jours. Nausicaa, une dame de quatre-vingt-neuf ans, demande à un étudiant en philosophie qu'elle héberge d'enquêter sur le mont Athos, cette " république monastique " où les femmes ne sont pas admises. Nausicaa songe-t-elle à laisser sa fortune aux moines ? Espère-t-elle retrouver son frère disparu il y a cinquante ans ? Au hasard de lectures et de rencontres singulières, le jeune homme va découvrir une communauté richissime, qui pèse d'un poids considérable sur la vie politique du pays, et dont personne ne prend le risque de contester les privilèges ni de dévoiler les secrets... Vassilis Alexakis nous livre une exploration aussi captivante que troublante, jouant des références érudites avec humour, tissant, au fil des pages, un véritable éloge de la philosophie, une célébration du doute en somme.




Mon avis:

Un ouvrage qui parle du Mont Athos pour ceux qui s'y intéressent, le rôle de la religion dans la culture grecque puisque la laïcité ne caractérise pas le pays. L'orthodoxie est installée dans tous les pans de l'Etat Grec.
Alexakis, grec arrivé en France à 17 ans, publie un roman appelant l'histoire comme un lien fort avec ce jeune étudiant qui va enquêter à Athos. La réflexion et l'introspection sur la religion donne toute une dimension philosophique à l'ouvrage et l'histoire que nous livre l'auteur.
Les fondements de la culture sont abordés, je dois dire que la lecture en version originale de cet ouvrage m'a donné parfois quelques difficulté pour la rédaction, les expressions plus abstraites que maîtrisent les locuteurs natifs de Grèce.
En Grèce, les lecteurs Grecs n'accrochent pas tous comme les Français, ce côté philosophique appelant la religion peuvent dérouter beaucoup.

Personnellement, je n'ai pas lâché et j'ai bien accroché à l'histoire très intéressante, mais faut-il avoir un minimum d'intérêt envers la culture, le Mont Athos et l'orthodoxie...


Pour information, ce prix concours existe également en version bretonne, traduite par Alan Botrel aux éditions SKRID. Ecrite en écriture unifiée KLT, l'usage des termes spécifiques et scientifiques pourront dérouter beaucoup de lecteurs. Bravo au traducteur!



Ma note: 6,5/10
 

Nouvelles acquisitions littéraires pour 2020

Le contexte mondial n'est pas réjouissant depuis ce début d'année, j'espère qu'il n'est pas lié à l'année en elle-même 20..20. Si pour beaucoup, cette année 2020 peut être banale et s'apparenter à toute autre année, personnellement elle est particulière. En effet, je célèbre l'addition de ces deux chiffres pour mon anniversaire, il était sous le signe du Japon.

Ainsi, en 2020, j'ai déjà présenté deux ouvrages:

- Histoire du Japon médiéval, Pierre-François SOUYRI
- La dynamique du Japon, Jean-François SABOURET

Les semaines à venir, je vais présenter quelques nouveaux ouvrages acquis tels que:

- Les Japonais, Karyn POUPEE
- Kaliméra, Nicole DUBOIS-TARTACAP
- Alexis Tsipras, Fabien PERRIER
- Mon île, Melpo AXIOTI
- Bretagne, l'histoire confisquée, Frédéric MORVAN
- Le Japon en un coup d'oeil, Editions KANA
- La panthère des neiges, Sylvain TESSON

Un nombre record de livres à découvrir prochainement sur ce blog avec une touche spéciale dédiée au "Japon". On conserve quelques ouvrages dont les territoires sont liés à la Grèce et donc aux Balkans.

Enfin, comme 2020 va nous laisser du temps pour la lecture, j'entrevois d'acquérir:

- Le football et le chaos yougoslave, Loïc TREGOURES
- Le livre des départs, Velibor COLIC (je viens de voir sa sortie en février 2020!)
- Λάθος χώρα, ou Le Pays des pas perdus (traduction en français de l'ouvrage grec), Gazmend KAPLLANI

Peut-être aussi ces ouvrages...

- Fudbalski Klub Jugoslavija, Christophe CALAIS, Alban TRAQUET
- Μαουτχαουζεν (Mauthausen en français), Iakovos KAMBADELLIS

 On reste sur les thématiques des Balkans, de le l'immigration.

vendredi 13 mars 2020

Gazmend KAPLANI, La dernière page

Gazmend KAPLANI, La dernière page, Editions Intervalles, 2015

Résumé:

1943, Thessalonique. Les Allemands regroupent les Juifs grecs dans le ghetto, organisant des rafles et les premiers convois vers les camps en Allemagne. Léon, qui travaille dans la librairie française de la ville, s’enfuit avec sa famille en Albanie sous de fausses identités. À la fin de la guerre, devenu fervent communiste, il renie ses origines grecques et juives. Son fils Isa, le «  crypto-juif  », suit les traces de son père comme bibliothécaire, mais se trouve bientôt pris dans l’engrenage de la surveillance et des suspicions du régime.


2011, Tirana. Melsi, journaliste et écrivain albanais vivant en Grèce depuis 20 ans, est rappelé d’urgence car son père vient de mourir. Un père avec qui il a pris ses distances depuis la mort de sa mère et dont il ne sait plus grand-chose, sauf que son décès a eu lieu à Shanghai. Mais que faisait-il en Chine  ? Pendant les vingt-deux jours nécessaires au rapatriement du corps, il s’attache à surmonter les tracasseries administratives dont l’Albanie a le secret et à passer au peigne fin l’appartement de son père, où les objets lui semblent des fantômes muets. La découverte d’un cahier marron va pourtant lui dispenser quelques indices sur ce que fut la vie de ce père, dans ce quartier populaire de Tirana où lui-même a passé son enfance, sans se poser de questions ni jamais en poser à ses parents sur leur passé.

Pour aller plus loin (Note de l'éditeur Intervalles)

Dans La Dernière Page, à travers l’évocation d’un fils venu enterrer son père à Tirana, dans une Albanie proche du chaos, Gazmend Kapllani reconstitue l’histoire d’une famille dont la judéité cachée a jonché de secrets les destins de tous ses membres. Il met en scène deux hommes qui se sont ignorés, orphelins de leurs origines, et qui pourtant ont traversé, chacun à sa manière, un siècle mouvementé grâce à leur commune passion des livres et des langues. Il rapproche la déchéance de ces pères bousculés par l’Histoire à celle de l’Albanie pendant et après le communisme. Mais Kapllani met surtout en lumière la dérive de l’Albanie, écartelée entre l’enfer du régime d’Enver Hodja et son délitement actuel, avec le déferlement des poussées nationalistes.
La Dernière Page est un roman pessimiste, lucide, profond, où Kapllani illustre à travers des personnages vibrants d’humanité une détermination parfois désespérée à se construire une identité au-delà des frontières et des bannissements, une identité qui peut s’étayer sur l’amour des livres et des langues. Car « une langue n’appartient à personne », écrivait Kapllani dans Je m’appelle Europe.


Mon avis:

Que dire de ce roman captivant! Je ne suis pas le style de lecteur très attiré par les romans... Je suis un lecteur cherchant la biographie, l'essai historique, l'étude géographique, la recherche d'analyse sur les territoires ou les régions. Par contre, je me suis laissé prendre par le troisième ouvrage de Gazmend.
Après les deux succès précédents, je ne pouvais que me laisser tenter, le risque était maîtrisé.




La dernière page est en fait un roman bâti sur l'histoire, celle des Juifs de Thessalonique que tous les passionnés d'histoire et de géographie de la Grèce comme moi connaissent et qui est un grand pan de l'histoire de la Grèce du Nord et encore plus une période qui a marquée la ville de Thessalonique.
Il s'agit d'une période noire durant la Grèce occupée par les Nazis. Le roman fait un pont avec cette histoire, celle qui a heurtée de plein fouet un grand nombre de familles juives.

Le roman aborde les problématiques d'identité, de culture, des répercussions de l'histoire sur la vie des Hommes, leur relation avec leur parents. L'auteur joue alors sur la thématique de la littérature rattachée aux relations père-fils et leur conflit de communication. Ce 150 pages qui captivent et donnent au lecteur l'occasion de s'évader dans une autre époque, une autre région de l'Europe.


Ma note: 7,5/10

Gazment KAPLANI, On m'appelle Europe

Gazmend KAPLANI, Je m'appelle Europe, Editions Intervalles, 2013

Résumé: 
 
Je m’appelle Europe témoigne de la vie apparemment ordinaire d’un immigré qui s’immerge dans une nouvelle culture. C’est le roman d’une renaissance : découverte d’une autre langue, initiation aux sens cachés derrière les mots et expressions les plus banals, exploration de l’étrangeté fondamentale du statut d’immigré dans une société en proie à de nombreux démons, apprivoisement de l’autre au moment de nouer les premiers liens affectifs dans une nouvelle patrie.
Une curiosité insatiable envers tous ceux qui, comme lui, ont dû s’inventer un nouveau moi, un nouveau présent, amène le narrateur à laisser parfois la parole à d’autres migrants, venus des quatre coins du monde, et qui racontent leurs parcours souvent extravagants, la manière dont ils essayent de se retrouver dans leur histoire personnelle, pleins de désespoir, de résignation ou d’énergie.
Les pages de ce roman comptent parmi les plus subtiles qui aient été écrites sur cette expérience si particulière consistant à changer de langue. Je m’appelle Europe confirme tout le talent que la critique française et étrangère a reconnu à Gazmend Kapllani. Un talent qui fait de lui l’une des voix les plus précieuses de la littérature européenne contemporaine.




Mon avis: 

Après le petit guide de bord des frontières écrit quatre années auparavant, Gazmend Kaplani récidive en 2010 avec cet ouvrage. Tout aussi saillant et brillant, ce livre parle toujours de son expérience d'immigré albanais arrivé en Grèce, après avoir passé la frontière en 1991. Il poursuit son oeuvre littéraire en abordant sa rencontre avec la jeune femme "Evropi" en grec ou "Europe" en français. C'est elle qui l'accompagne dans l'apprentissage de la langue grecque, langue qu'il maîtrise admirablement bien avec la version originale que j'ai lu en 2010. 

Cet ouvrage parle d'immigration en 40 chapitres mais il mêle surtout le témoignage de 9 personnes d'origine étrangère ayant des parcours de vie originaux. Ils ont tous le point commun des langues et des cultures divergentes. Ils sont tous des immigrés, des étrangers, des réfugiés en Grèce. 

Cette lecture, je l'ai appréciée particulièrement lors de mes voyages en train entre la Grèce du Nord et Athènes, alors que les compartiments évoquaient ce cosmopolitisme. Les longues heures du "train bleu" qui regagne la capitale m'ont permis de dévorer ce deuxième ouvrage de l'auteur.
Gazmend fait toujours usage de son humour et son ironie sur la vie et ses analyses.
Il donne surtout un merveilleux hymne pour l'humain, pour la différence, la richesse culturelle, la diversité, le monde et ce melting-pot qui nous environne chaque jour dans les grandes agglomérations.

L'expérience personnelle et ces rencontres argumentent idéalement l'Humain, elles lutent contre ces préjugés et nos idées reçues sur l'autre. Notre regard sur l'immigré est vu sous un autre angle, celui qui le magnifie comme un trésor.

Un livre à lire pour apprécier et retrouver ce qui fait de nous, notre particularité et notre richesse de part nos cultures et nos différences.

 
Ma note:  7/10

mercredi 11 mars 2020

Gazment KAPLANI, Petit journal de bord des frontières


Petit journal de bord des frontières, Gazmend Kaplani, Editions Intervalles, 2012,

Résumé:

Après une enfance albanaise durant laquelle les minijupes des animatrices de la télévision italienne résument à ses yeux la vie en Occident, Gazmend Kaplani franchit un jour la frontière grecque dans l’'espoir d'’une vie meilleure.

Mais la Terre Promise ne lui réserve pas l’'accueil amical auquel il s’'attendait : nulle speakerine légèrement vêtue en signe de bienvenue, et pas la moindre trace d'’un sourire bienveillant sur le visage des autochtones.

Parqué dans un centre de rétention pour immigrés, il commence à entrevoir la dure réalité de la condition qui sera désormais la sienne. Lui et ses camarades albanais bâtissent dans leurs rêves un futur en Grèce où le travail leur apporte succès et fortune, un futur qui restera à l’'état de chimère pour la plupart d’'entre eux.

L’'absurdité de ces châteaux en Espagne comme celle de leur condition n’'en rend leur quotidien que plus cruel.



Mon avis:

Ce petit guide de "survie" des frontières est un récit reprenant la vie de l'auteur d'origine albanaise. Il remet sur papier ses mémoires de jeunes albanais confiné dans un pays autarcique et autoritaire voyant le communisme comme dogme et affirmation de leur utopie. L'auteur retrace son aventure passée à tenter l'autre monde, celui qui se présente par-delà la frontière Albano-Grecque.

L'auteur romance cette période marquante de sa vie lorsqu'il prend son courage à deux mains et s'engage en 1991 à traverser la frontière clandestinement lorsque l'Albanie de Hoxha s'ouvre progressivement sur l'extérieur.
Le récit est merveilleusement bien écrit, l'histoire est captivante et on se glisse dans la peau du protagoniste qui découvre progressivement l'Autre Monde, celui des lumières, celui décrié et mis en garde par les autorités nationales albanaises.

Cet ouvrage met en valeur la condition humaine, celle qui fait l'Homme face à ses incertitudes, celle qui fait de nous un étranger un réfugié ou déraçiné.



J'ai lu ce livre dans sa version originale, en Grec. La traduction en français devrait être proche. 
Pour les hellénophones, sachez que l'ouvrage est écrit dans un style et un soin remarquabledes mots !
A mettre dans toutes les mains. Il fut un exemple pour moi, une vraie référence pour mon premier ouvrage: "Ces Balkans qui me parlent"...

Des avis très intéressants ici

J'ai pu bénéficier en plus d'une dédicace et d'une discussion avec Gazment le 30 avril 2010 dans un petit café d'Athènes, quelques années avant qu'il ne décide de quitter le pays pour les Etats-Unis.
Depuis, je suis toutes ses oeuvres, son parcours et les traductions de ses ouvrages qui ne m'ont jamais déçue.




Ma note:8,5/10


mardi 3 mars 2020

Histoire Du Japon Médiéval - Le Monde À L'envers - Pierre Souyri

Histoire Du Japon Médiéval - Le Monde À L'envers, Pierre SOUYRI, 2013, 528 p.

Résumé:

A travers l'ascension des samouraïs et la naissance d'une société guerrière qu'on a pu qualifier de féodale, ce livre nous plonge dans les temps troubles du Moyen Age japonais (XIIe-XVIe siècle). Pierre-François Souyri montre l'importance des conflits sociaux qui déchirèrent le pays, la poussée des classes populaires, les diversités régionales, l'émergence, enfin, de nouvelles formes culturelles à l'origine du Japon " traditionnel ". Chemin faisant, il éclaire la dynamique d'une société fondamentalement instable que les chroniqueurs contemporains désignaient comme " un monde à l'envers ".
 
 
 
Mon avis:
 
Ce livre de plus de 400 pages est un condensé de l'époque du Japon Médiéval. Je dois dire qu'il s'agit d'une époque que je ne connaissais pas et que le livre m'a permis de découvrir avec une accessibilité certaine. Le style employé est clair et il est aisé de dévorer cet ouvrage...
La période étudiée est assez restreinte, si le détail est l'analyse développée sont importants, on peut néanmoins reprocher que l'ouvrage n'aborde pas plus une période dépassant XVI ème siècle. Ainsi se limite le Japon Médiéval.
Il est au départ un peut difficile de s'habituer aux termes utilisés propres au Japonais. On sent tout de même un dépaysement fort en lisant cette partie de l'histoire.
Un très bon livre d'histoire, accessible et permettant de s'engager dans le découverte de se pays par l'angle historique. La lecture est agréable, on note quelques problèmes sur l'orthographe mais ce n'est pas trop déconcertant. Il est du détail face à l'œuvre que l'on a entre les mains.
 
Ma note: 7/10